Le petit monde d’UNîmes, s’anime et reste unanime

Comme tous les établissements d'enseignement, UNîmes est confrontée à la crise sanitaire actuelle. UNîmes compte 4 800 étudiants répartis en trois grandes voies (droit, économie, gestion ; psychologie, lettres, langues, histoire ; sciences et arts. Son président, Benoît Roig, nous fait revivre les dernières semaines à l'université et se projette sur la rentrée de septembre après avoir évoqué les examens qui se déroulent actuellement. Interview.

Objectif Gard : Voilà plus d'un an que vous êtes président d'UNîmes. Comment se passe la vie de la fac depuis le mois de mars ?

Benoît Roig : On peut dire que j'ai été gâté pour mes débuts ! Mais heureusement tout s'est bien passé grâce à mon nouveau directeur général des services et à toute l'équipe d'UNîmes. Je termine le mandat d'Emmanuel Roux et les prochaines élections auront lieu en novembre, comme tous les quatre ans. J'ai été très bien accompagné ! On ne dort pas bien tous les jours mais tout le monde a joué le jeu. J'ai senti une réelle adhésion, de la bienveillance.

La fac de Nîmes est la plus petite de France. Est-ce un atout en temps de crise ?

L'établissement est de taille modeste, je n'aime pas dire qu'il est petit. En tout cas, ça nous a permis pendant la crise d'avoir des interactions plus simples, plus directes et plus rapides. Tout le personnel (NDLR, 250 personnes) a bien réagi. On a tourné au ralenti mais l'équipe pédagogique comme le service informatique ou celui des ressources humaines ont fait preuve de bonne volonté.

Les enseignants ont-ils répondu présent ?

Cette histoire leur a changé la vie mais nous avons vu leur belle adhésion et ça, c'est très bien. Je dirai que 90 % de l'enseignement a pu être transmis avec plus ou moins de difficultés mais la finalité est là. On se connaît tous. Notre proximité est l'ADN de cette faculté. C'est un atout pour les enseignants comme pour nous ou les élèves. C'était important pour les jeunes que les enseignants fassent leur possible pour mettre les étudiants dans de bonnes dispositions.

Comment avez-vous souhaité communiquer pendant la crise et UNîmes a-t-elle été touchée par la covid-19 ?

On a pris le parti d'une communication claire et transparente même quand on ne savait pas quoi répondre car nous n'avions pas toutes les informations à notre disposition. Nous n'avons pas eu de cas sur le site. Un membre du personnel a été touché pendant le confinement. Pour les étudiants, à ma connaissance, rien non plus.

Avez-vous des regrets ?

On n'a pas eu le temps de voir les étudiants en direct depuis le confinement et cela perdurera jusqu'en septembre. Je le comprends, je l'entends et on fait avec. Il faut être responsable. Je n'ai aucune amertume mais j'ai ressenti l'inquiétude des étudiants sur les examens. C'est logique, on était en fin d'année et comme chaque année ce sentiment est exacerbé. On les a avertis le plus vite possible.

Vous n'avez pas peur de la fracture numérique ?

Nous la craignions. Je m'attendais à plus de soucis pendant le confinement mais nous avons pu prêter près de 100 ordinateurs. La Région nous en a donné 74. Nous ne voulions surtout pas louper les jeunes. On a tout utilisé, y compris les réseaux sociaux, les textos, les mails... Pour les connexions à Internet, depuis le déconfinement, tout est plus simple car les étudiants s'organisent pour avoir du débit. En plus, ils ont 72h pour nous dire qu'ils ont un problème de connexion. Dans ce cas, ils ont droit à un examen de substitution mais on en a eu très peu. Cet examen sera un oral en priorité.


 
Benoît Roig (Photo Anthony Maurin).

Parlons un peu des examens à Nîmes, comment se déroulent-ils ?

Ils ont commencé le 25 mai dernier et se terminent le 5 juin. Nous avons là aussi pris la décision très rapidement de tout faire à distance mais il y avait toute une logistique à mettre en place. Il a fallu créer une plateforme spécifique que nous avions déjà en temps normal mais qu'il a fallu réaménager.

Comment avez-vous organisé les cours à distance ?

Habituellement on y dépose les cours, les documents... Depuis le confinement, nous avons beaucoup plus utilisé Moodle, y compris pour de la vidéo et d'autres contenus. Nous avons aussi fait une extension de la plateforme pour les examens. Enseignants et ingénieurs pédagogiques numériques ont assuré ! La difficulté était aussi de connaître la capacité des serveurs à encaisser un nombre important de connexions. On a fait des tests avec des étudiants et on a vu qu'on pouvait aller jusqu'à 900 connexions en même temps sans qu'il n'y ait de problèmes.

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Un examen sur la plateforme Moodle (Photo Anthony Maurin).

Vous avez un premier bilan d'étape ?

La première semaine s'est bien passée. Nous avons eu deux petits couacs mais tout est rentré dans l'ordre en moins de dix minutes. Nos avons trois types d'examens, les QCM où les étudiants sont connectés en permanence, les questionnaires avec une partie rédactionnelle et le téléchargement d'un sujet sur lequel on écrit sur plusieurs jours avant de le rendre une fois fini.

Cet épisode sanitaire ne dévaluera pas les diplômes ? 

Les diplômes 2020 auront la même valeur que les précédents ! Une licence se fait en six semestres et là, il ne manque qu'une partie du sixième donc les cinq premières évaluations étaient normales. Il en va de même pour les masters qui se font en quatre semestres mais pour lesquels le dernier ne se fait pas souvent en cours.

Seule l'administration peuple la fac de Nîmes. De temps en temps, un prof surgit des couloirs (Photo Anthony Maurin).

Certains facs ont pris le parti de la télésurveillance... Pas vous, pourquoi ?

Je n'ai pas souhaité de télésurveillance comme ça peut se faire ailleurs car ce n'est pas pratique et et trop intrusif. Vous savez, on a et on aura toujours des tricheurs mais j'ai préféré valoriser les 90 % qui ne le sont pas. Je valorise le travail et le sérieux. Les tricheurs paieront leur tricherie plus tard dans la vie... Ça me gêne de réfléchir par le bas, je préfère le faire par le haut !

On peut vraiment freiner la triche ?

L'avantage de Moodle c'est qu'on peut mettre en place une banque de questions que l'on peut paramétrer de sorte à ce qu'elles soient aléatoires et différentes selon les étudiants. On a 59 années de formations différentes si on compile toutes nos filières donc la seule recommandation, forte, que l'État nous a demandé, c'était d'évaluer les étudiants. La question qu'on se pose c'est : gardons-nous le distanciel ou pas ?

Le calendrier de la fin d'année a-t-il beaucoup changé ?

Les étudiants voulaient leurs résultats rapidement. On a juste un peu décalé le calendrier de deux semaines mais tout tombera fin juin début juillet et en juillet. Nous voulons que tout soit terminé avant l'été pour ne pas perturber une rentrée qui le sera sans doute déjà.

Et la rentrée, vous y pensez déjà ?

La rentrée se fera début septembre mais nous y réfléchissons déjà car c'est très compliqué. On fait nos calculs. On a des scénarios et on compare. Par exemple, pour un amphithéâtre que l'on peut remplir de 600 étudiants, pour l'instant et avec les mesures prônées actuellement, nous tomberont le chiffre à 150. On ne veut pas du tout distanciel mais nous privilégieront plutôt un enseignement hybride avec des cours magistraux à distance et des travaux dirigés en présentiel ou le contraire, ou encore différemment.

La technologie s'invite un peu plus à UNîmes ?

On pourrait donc équiper nos sept amphithéâtres et une dizaine de grandes salles de cours de caméras pour capter les cours. Nous faisons des devis mais les chiffres vont rapidement atteindre 500 000 à 600 000 euros ! Notre budget total est d'environ 22 millions d'euros.

Y aura-t-il une pré-rentrée ?

Tout dépend des filières et de leurs besoins, c'est un vrai casse-tête mais comme nous partons en vacances fin juillet, il nous faut décider avant. Dans tous les cas nous ferons une pré-rentrée plus longue que d'habitude et nous prendrons le temps qu'il faudra pour bien informer les étudiants, ça va être crucial. On espère que la situation s'améliorera car en octobre nous avons la traditionnelle cérémonie des diplômés et ça serait dommage de ne pas l'organiser...

Propos recueillis par Anthony Maurin