À la rencontre de Thomas Robardet, docteur en histoire de l'architecture médiévale

Thomas Robardet-Caffin, docteur en histoire de l'archéologie, diplômé de l'Université Paul Valery, témoigne de son expérience du doctorat en CIFRE en Sciences Humaines et Sociales. 

Pouvez-vous présenter ?

Je m’appelle Thomas Robardet, je suis docteur en histoire de l’architecture médiévale. J’ai une formation d'architecte et je suis, plus spécifiquement, architecte du patrimoine.

Quel est votre parcours universitaire et professionnel ?

En ce qui concerne mon parcours universitaire, j’ai réalisé mes études à l’École d’Architecture de Montpellier, d’abord une Licence puis un Master mention recherche. En école d’architecture, nous avons un projet de fin d’études c’est-à-dire que l’on rend un projet sur un site ou un bâtiment. Pour ma part il s’agissait du Château de Montferrand. Je l’ai lié à mon mémoire de Master qui portait sur les tours isolées du Moyen-Âge, de la région de Montpellier.

Ce travail m’a permis d’avoir contact avec les agents de la Communauté de Commune du Grand Pic Saint-Loup. Je leur ai évoqué l’idée d’approfondir mon travail de mémoire en réalisant une thèse sur le Château de Montferrand dont ils sont propriétaires. Ils ont été favorables. Je me suis ensuite adressé à l’Université pour trouver un directeur de thèse souhaitant m’accompagner sur ce projet : Geraldine Mallet de l’Université Paul-Valery Montpellier 3 et Catherine Titeux de l'Ecole d'Architecture de Montpellier ont accepté de me suivre. C’est de cette façon que j’ai débuté mon parcours de doctorat.

Pouvez-vous nous expliquer sur quoi porte votre thèse ?

Ma thèse porte sur un ensemble de mas médiévaux et de châteaux, que l’on appelle des « Castra » (du latin Castrum), situés dans la région nord de Montpellier. Mon territoire d’étude s’étend de la région gangeoise autour des villes de Ganges et Brissac jusqu’aux portes de Montpellier : ce qui regroupe une quinzaine de sites. Ce sont essentiellement des vestiges, inoccupés depuis plusieurs centaines d’années, autour de la garrigue. Le Château de Montferrand, sur le Pic Saint Loup, en est le centre.

C’est à la fois une recherche historique puisque je travaille sur l’histoire du territoire, au cours de la période médiévale, et aussi une étude de l’archéologie classique et de l’architecture. Je réalise des relevés en élévation et en plan de tous ces sites avant de les modéliser en 3D. L’objectif est de les faire apparaître tels qu’ils étaient à leur création puis leur évolution dans le temps jusqu’à leur abandon.

Ma thèse devrait être publiée très prochainement.

Vous avez réalisé votre thèse en CIFRE, pouvez-vous nous dire ce que cela signifie ?

Le Contrat Industriel de Formation par la Recherche en Entreprise était initialement très lié à la recherche et au développement dans les entreprises et dans l’industrie mais est maintenant ouvert à toutes les disciplines de doctorat. Le principe de base est d’avoir un employeur (entreprise, collectivité, association) prêt à co-financer les recherches scientifiques avec l’Etat. Cela passe par l’ANRT (Association de la Recherche et de la Technologie) en charge du dispositif CIFRE qui réalise les conventions entre le laboratoire de recherche, l’employeur, l’état et le doctorant. C’est donc vraiment un dispositif de collaboration, pour permettre de financer les recherches, en lien avec l’intérêt de l'employeur.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur votre expérience en CIFRE ?

Les contrats CIFRE sont particuliers.

Je pense déjà à la mise en place du contrat. Il n’est pas rare de constater que les employés en Ressources Humaines dans les différentes structures ne connaissent pas ce dispositif. Le doctorant va devoir faire un véritable travail de sensibilisation et d’explication sur le dispositif pour que toutes les parties comprennent de quoi il s’agit, soient d’accord et prêts à se lancer dans l’aventure. Ainsi cela est plus facile car on peut justifier la solidité du travail. Il faut compter plusieurs mois pour que la CIFRE se mette en place : on a un délai de 9 mois après l’inscription à la thèse.

Au niveau de la répartition du travail, en règle générale, on partage le temps de présence. Par exemple, pour ma part, j’étais moitié de mon temps de travail en entreprise et moitié dans les unités de recherche. Ça dépend aussi de l’entreprise mais c’est un aspect que l’on doit négocier dès le départ et qu’il ne faut pas négliger car on a besoin, en tant que chercheur, d’être dans les laboratoires, dans les bibliothèques, etc. Aussi, Il faut faire attention car certaines entreprises ne comprennent pas au départ le principe de la recherche. Ils peuvent avoir tendance, à confier trop de missions annexes au chercheur donc il faut être vigilant et clarifier le temps dont on a besoin pour la recherche. De mon côté il était de 100% ce qui ne m’empêchait pas d’avoir quelques missions annexes que j’étais content de réaliser.

Selon vous quels sont les avantages et les inconvénients de réaliser une thèse en CIFRE ?

Pour moi, le plus grand avantage c’est que l’on rentre dans le milieu professionnel. L’entreprise dans laquelle vous réalisez votre thèse, peut, après la thèse, devenir votre employeur. C’est donc très professionnalisant et cela permet de créer un profil intéressant.

Niveau inconvénient, il ne faut pas se faire absorber par la structure qui accueille. Pour moi, ça n’a pas été le cas, j’ai été très libre et ils ont compris l’enjeu qu’était la recherche et ce que représentait la thèse. Cependant, je sais que ce n’est pas toujours le cas et il ne faudrait pas se faire trop accaparer par les missions annexes et oublier sa recherche.

Quels sont vos projets professionnels pour la suite de votre parcours ?

Pour que vous puissiez comprendre, il est important que je complète mon parcours professionnel. À la fin de ma dernière année de thèse je suis entré à l’école de Chaillot à Paris, l’école qui forme les architectes du patrimoine. Je réalise un DSA, un diplôme supérieur d’approfondissement, qui vient s’ajouter au diplôme de Master et donne ainsi le titre d’architecte du patrimoine. Ce diplôme permet d’intervenir sur les monuments protégés au titre des monuments historiques.

Grâce à ce parcours, j’ai un profil à la fois professionnel en tant qu’architecte et de recherche avec mon doctorat. Je suis en pleine période de transition et j’ai de nombreuses opportunités. Aujourd’hui, je souhaite intégrer une agence pour exercer en tant qu’architecte en maitrise d’œuvre et obtenir davantage d’expérience en maitrise d’œuvre. J’ai besoin de cette expérience pour valider ce que l’on appelle « l’Habilitation à la maitrise d’œuvre en son nom propre ». Il s’agit d’une accréditation qui permet d’exercer en tant qu’architecte en son propre nom. Pour l’obtenir, il faut justifier d’un certain temps de travail en maitrise d’œuvre.

En parallèle j’ai le doctorat que je voudrais valoriser, à terme. J’envisage donc d’envoyer un dossier au CNU (Conseil National d’Université) car je souhaiterais enseigner dans quelques années. Toutefois, je ne pense pas en faire quelque chose à plein temps.

C’est donc typique d’une thèse CIFRE : on a deux cordes à son arc, une qui est plus du côté de l’enseignement et de la recherche et une autre qui est plus du côté du monde professionnel. Il faut donc faire des choix. Cependant, ce ne sont pas forcément des choix fermes. Il faut essayer de concilier les deux.

Quel(s) conseil(s) pourriez-vous donner à des étudiants qui souhaitent se lancer dans un doctorat et sont encore hésitants ?

Pour les doctorants qui souhaitent réaliser leur thèse en CIFRE, je pense qu’il faut prendre le temps de creuser son sujet et ne pas avoir peur d’aller chercher les financeurs. Même pour des sujets qui sont précis, c’est toujours possible de trouver des entreprises ou des collectivités intéressées. Il faut donc aller convaincre les entreprises et ne pas hésiter si l’on sent qu’il y a une opportunité. Les entreprises ne connaissaient pas forcément le dispositif, les doctorants doivent aller les renseigner