
À la rencontre de… Vera Morbeck : Publier dans The Conversation – retour d’expérience
Vera Morbeck, doctorante en thermo-photovoltaïque à l’UPVD, a publié un article dans The Conversation intitulé « Une nouvelle piste pour stocker l’énergie solaire… et fournir de l’électricité quand le soleil s’absente ».
Dans cette interview donnée pour le Collège Doctoral LR, elle revient sur son expérience d’écriture et sur les coulisses de la médiation scientifique auprès du grand public.
Publié le 16/06/2026
Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis Vera Moerbeek, je suis en thèse à PROMES, laboratoire de l’UPVD depuis octobre dernier, c’est donc ma première année de thèse. C’est aussi ma première année en France puisque je viens des Pays-Bas, où j’ai fait mes études. Je travaille sur le site d’Odeillo, au Four Solaire.
Sur quoi portent vos travaux de recherche ?
Le sujet ma thèse est le thermophotovoltaïque : j’analyse les technologies développées dans le contexte solaire, pour voir si elles sont applicables au contexte thermo-photovoltaïque, en particulier les technologies de filtration spectral et modifications spectrale, et plus spécifiquement les concentrateurs luminescents.
Toutefois, ce n’est pas le sujet que je décris dans l’article de The Conversation car mes travaux de recherche sont loin d’être terminés. Dans cet article, je parle surtout du travail de mon encadrant de thèse, et ainsi le contexte dans lequel s’inscrivent mes travaux de recherche, à une échelle plus large du thermophotovoltaïque.
Mon travail de recherche porte principalement sur des simulations et des calculs. À l’origine, je viens plutôt de la physique théorique : pendant mes études à Amsterdam, je m’étais spécialisée dans ce domaine. Avec le temps, j’ai réalisé que je ne souhaitais pas poursuivre uniquement dans la recherche très théorique. J’ai donc recherché une thèse davantage tournée vers les applications concrètes, notamment dans le domaine des technologies renouvelables.
Aujourd’hui, je travaille surtout sur la partie simulation et modélisation, car j’ai encore peu d’expérience en expérimentation. Cependant, au sein de notre groupe de recherche, nous avons aussi une partie expérimentale, menée principalement par mon directeur de thèse, le post-doctorant et les autres membres de l’équipe. Nous utilisons notamment le miroir parabolique installé au Four Solaire pour réaliser différentes expériences.
Vous avez récemment publié un article dans The Conversation. Est-ce que vous pouvez nous expliquer dans quel contexte cette opportunité s’est présentée ?
J’ai déjà écrit quelques articles, mais à une échelle beaucoup plus confidentielle. Lors de mes études, j’étais dans un groupe où l’on rédigeait un journal étudiant, j’y écrivais des petits articles sur différents sujets. Il y avait aussi un professeur, Marcel Vonk, qui gérait un site internet de vulgarisation scientifique sur lequel étaient publiés des articles rédigés principalement écrit par des étudiants, surtout dans les domaines de la physique théorique, physique des particules et de la cosmologie un site d’Internet – qui s’appelle quantumuniverse.nl – pour lequel j’ai écrit aussi. J’aime bien écrire !
Lors de la semaine d’intégration, j’ai échangé avec le directeur de l’École Doctorale au sujet des heures de formation. Comme je souhaitais continuer à écrire des articles de vulgarisation scientifique, je voulais savoir si ce type d’activité pouvait être valorisé dans le cadre de la formation doctorale.
Au cours de notre discussion, il m’a suggéré de contacter The Conversation pour leur proposer des sujets d’articles. À l’époque, je venais d’arriver ici et je ne connaissais pas encore vraiment ce média, mais j’ai décidé de tenter l’expérience. Je les ai donc contactés avec plusieurs idées de sujets liés à mes recherches.
La rédaction m’a répondu assez rapidement en me disant que le sujet était intéressant. Je pense que mon domaine de recherche, autour des technologies renouvelables, s’y prêtait bien car ce sont des thématiques très liées à l’actualité, ce qui correspond aux sujets traités par The Conversation.
Avant cette expérience, je ne réalisais pas à quel point ce média avait une audience importante. La portée est beaucoup plus grande que celle de l’autres site pour lequel j’avais déjà écrit, et cela permet de toucher un public beaucoup plus large.
Comment s’est déroulé le processus de rédaction. Est-ce que vous avez eu un accompagnement ?
J’ai été accompagnée tout au long du processus par une éditrice de The Conversation. Après mon premier contact avec la rédaction, nous avons organisé un échange téléphonique durant lequel elle m’a expliqué le fonctionnement du média, mais aussi la manière de construire l’article. Nous avons discuté des questions susceptibles d’intéresser le grand public, de la structure du texte et des différents angles possibles.
Comme je ne suis pas francophone, j’avais demandé s’il était possible de rédiger l’article en anglais. Finalement, nous avons choisi de le publier en français. J’ai d’abord rédigé une première version en anglais. L’éditrice, qui parlait anglais et français, m’a ensuite accompagnée dans la traduction et la reformulation du texte afin qu’il soit plus fluide et accessible.
Elle m’a également fait plusieurs retours et suggestions d’amélioration au fil de la rédaction. Une fois le texte bien avancé, je l’ai aussi envoyé à mon directeur de thèse pour avoir son avis scientifique et son retour sur le contenu.
Cette expérience m’a aussi permis de prendre davantage de recul sur mon sujet de recherche. Pour rédiger l’article, j’ai lu de nombreuses sources et articles de contexte afin de mieux expliquer les enjeux autour de mes travaux. Au quotidien, lorsque je travaille sur mes simulations et mon code, je suis très concentrée sur les aspects techniques. Là, cela m’a donné l’occasion de réfléchir davantage à la portée globale de la recherche et aux questions qui l’entourent.
J’ai aussi découvert des aspects connexes à mon sujet que je connaissais moins, ce qui m’a permis d’avoir une vision plus large de mon domaine de recherche.
Quelles ont été selon vous les principales différences entre l’écriture scientifique et l’écriture journalistique de vulgarisation ?
Comme je suis en début de thèse, je n’ai pas encore eu l’occasion de publier d’article scientifique, donc je ne peux pas vraiment faire une comparaison directe entre les deux types d’écriture.
Mais ce que cette expérience m’a apporté, c’est surtout une réflexion sur le “pourquoi” de la recherche : pourquoi on mène ces travaux, en quoi ils peuvent être utiles et ce qu’ils apportent concrètement à la société.
Quand on fait de la recherche au quotidien, on peut parfois être très absorbé par les aspects techniques et oublier un peu la vision d’ensemble. Le fait d’écrire cet article m’a obligée à prendre du recul et à expliquer, autant pour le grand public que pour moi-même, pourquoi ces recherches sont importantes et ce qu’elles cherchent à apporter.
C’est quelque chose que j’ai trouvé particulièrement intéressant et important dans cette expérience.
Est-ce que vous avez rencontré des difficultés ou au contraire est-ce que vous avez eu des surprises positives pendant le processus de rédaction ou de publication ?
Le plus difficile pour moi, ça a probablement été le fait que l’article devait rester assez court. Il y avait toujours plus d’informations et surtout plus de nuances que j’aurais voulu apporter, mais il fallait réussir à synthétiser.
Dans la recherche scientifique, on cherche généralement à être très précis dans la manière de présenter les choses. Là, il fallait accepter que certains éléments ne puissent pas être développés autant que je l’aurais souhaité, simplement parce qu’il n’y avait pas la place de tout expliquer en détail.
J’ai aussi vu l’importance de rendre le contenu attractif pour le lecteur. Par exemple, l’éditrice a proposé un titre plus accrocheur que celui auquel j’avais pensé au départ. Au début, cela m’a un peu surprise parce que ce n’était pas exactement la manière dont moi j’aurais présenté les choses. J’avais l’impression que ce titre reflétait moins précisément le contenu de l’article. Ça montre que les journalistes et les scientifiques n’ont pas tout à fait les mêmes objectifs lorsqu’ils communiquent. Un autre exemple : l’éditrice m’avait suggéré de mentionner dès l’introduction les débats sur l’exploitation du lithium, un sujet qui fait beaucoup parler en France actuellement. Au vu des réactions que j’ai reçues, cela a effectivement attiré l’attention des lecteurs et rendu le sujet plus concret et plus pertinent à leurs yeux.
Est-ce que cette publication a un impact particulier sur votre visibilité, votre réseau, vos travaux de recherche ?
Je pense que cette publication a été lue par beaucoup plus de personnes que ce que j’imaginais au départ.
Suite à la publication de l’article, j’ai été contactée par le journal régional L’Indépendant, qui m’a proposé une interview avant de publier un article sur le sujet. Grâce à cela, j’ai eu des retours de personnes que je connais dans la région, mais qui ne travaillent pas du tout dans le milieu de la recherche. C’était assez surprenant de voir que le sujet pouvait toucher un public aussi large.
J’ai aussi été contactée par un autre journaliste qui m’a envoyé plusieurs questions. Au début, c’était un peu impressionnant, parce que je suis encore en début de thèse et je ne me considère pas encore comme une experte du sujet. Mais c’était aussi très encourageant, car cela montre que ces questions intéressent réellement les gens et qu’il existe une curiosité autour de ces thématiques de recherche.
Recommanderiez-vous cette expérience à d’autres doctorants ?
Pour moi, cette expérience était aussi une manière de continuer à écrire, parce que c’est quelque chose que j’aime beaucoup. Je voulais développer cette compétence et garder cette possibilité ouverte pour l’avenir. Cette expérience m’a en effet encore davantage motivée à m’investir dans la vulgarisation scientifique, en particulier autour des enjeux liés aux technologies durables.
C’était également une opportunité d’acquérir davantage d’expérience dans la vulgarisation scientifique et dans l’écriture d’articles destinés au grand public.
Je pense aussi que cela dépend beaucoup du sujet de thèse. Certains sujets sont plus difficiles à vulgariser que d’autres. Dans mon cas, les thématiques liées aux technologies renouvelables se prêtent assez bien à cet exercice, notamment parce qu’elles sont en lien avec des enjeux très actuels. Cela facilite sans doute le fait d’intéresser un public plus large.
Quel conseil donneriez-vous à un doctorant qui souhaiterait publier dans The Conversation ?
Mon principal conseil serait surtout d’oser faire la démarche. Dans mon cas, je suis simplement allée sur le site de The Conversation, où il est possible de contacter la rédaction pour proposer des sujets d’articles. J’ai envoyé plusieurs idées liées à mes recherches, et c’est comme ça que tout a commencé.
Ce n’est pas eux qui sont venus me chercher : c’est moi qui les ai contactés directement. Je pense qu’il ne faut pas attendre qu’une opportunité arrive toute seule, mais plutôt essayer, proposer ses idées et voir ce qu’il se passe ensuite.
Et même si cela peut sembler impressionnant au début, ça vaut vraiment la peine de tenter l’expérience. Pour ma part, cela s’est très bien passé.


